Un livre encensé par maître Stephen King ne peut pas être un mauvais livre. Tel est le principe que j’ai décidé de suivre en entendant parler de Snowblind, roman fantastique écrit par Christopher Golden. Publié en France le 22 octobre 2014, aux éditions Bragelonne, j’ai sauté sur la bête récemment, en lisant le synopsis au hasard de mes vadrouilles sur Google. Force est de constater qu’une fois de plus, mon instinct ne m’a pas trompée. Ce bouquin est glaçant, du début à la fin. Inutile de vous attendre donc aux vacances de Oui-Oui à la neige

Au cours d’une terrible nuit d’hiver, la petite ville de Coventry est frappée de plein fouet par une tempête de neige. D’une rare violence, celle-ci emporte avec elle plus d’une dizaine de victimes, à jamais perdues dans l’immensité blanche. Des familles entières sont brisées en une seule nuit, et l’existence des habitants en est changée à jamais. Douze ans plus tard, la vie reprend son cours à Coventry, même si subsiste chez les survivants une angoisse aussi sombre qu’irrationnelle à l’approche de l’hiver. C’est alors qu’une nouvelle tempête s’annonce, plus terrifiante encore que la précédente… car cette fois, les disparus de cette fameuse nuit maudite sont de retour.

Pour commencer, il faut savoir que l’histoire se scinde en deux parties. Une première, assez courte, qui relate les événements survenus à l’origine. Puis une seconde, beaucoup plus longue elle, qui enchaîne douze ans plus tard. Ce parti pris nous permet de voir l’évolution de ceux qui ont subi un deuil, et la façon dont ils ont géré « l’après ». C’est judicieux, car de cette façon le lecteur s’attache encore plus aux différents personnages. Mais au-delà de cet aspect, il y a en plus un fil psychologique complexe derrière le retour des morts. Les familles et leurs défunts se retrouvent confrontés à une sorte de seconde chance. Une chance de se dire au revoir. Une chance de recommencer (vous comprendrez en le lisant). Une chance d’empêcher que la tragédie ne se reproduise. Chacun évolue différemment et cette pluralité de réactions apporte toute sa richesse à l’histoire.

On ne va pas se mentir, ça caille sec à Coventry !

À propos de cette dernière justement, la puissance du livre réside dans la peur et la tension que l’auteur parvient brillamment à retranscrire. Oubliez toutes vos envies de scènes sanglantes ou gores, car dans ce roman il n’y en a pas, ou peu. Mais cela n’enlève rien à la grande qualité du livre, qui excelle avec son suspens haletant et son mystère terriblement efficace. De plus, le lecteur a parfois une petite longueur d’avance sur les personnages, grâce au narrateur qui distille des indices ici et là sur diverses situations. C’est diaboliquement savoureux dans certains cas. Pourtant, il reste malgré tout une petite ombre au tableau, avec la fin de l’histoire, qui est d’après moi un peu trop « facile ». La chute et la morale viennent légèrement gâcher ce qui est à mes yeux un excellent roman. Il aurait été parfait si l’épilogue avait été plus sombre, et surtout moins convenu.

Pour terminer, concernant le style de l’auteur, l’écriture est fluide, légère et absolument pas gâchée par de longues descriptions indigestes. Christopher Golden utilise un vocabulaire simple, sans tomber non plus dans la facilité, et se contente de nous détailler les éléments essentiels lorsque c’est nécessaire. Sa plume a d’importantes similitudes avec celle de Stephen King, les médias français n’ont pas menti là-dessus, et son point fort reste indéniablement sa capacité à faire exister les personnages. Ils sont tous très aboutis, profonds, et particulièrement « vivants ».

Au final, c’est donc un livre qui se lit tout seul, sans aspirine ou dictionnaire, et Dieu sait à quel point j’apprécie ce genre de bouquins. Je le recommande chaudement pour tous les amateurs du genre, et moi-même je renouvellerai avec plaisir l’expérience concernant cet auteur.