C’est un sujet qui pose aux scientifiques son lot de questions, mais c’est surtout un phénomène très rare. Peut-être n’en avez-vous jamais entendu parler, mais heureusement, chez Les Boudineries, nous sommes soucieuses de votre savoir et allons remédier au problème. 😉

Bon alors, c’est quoi le syndrome du savant acquis ?

Très brièvement, car nous y reviendrons plus en détail ensuite, il s’agit d’un cas de survenance quasi instantanée d’une capacité exceptionnelle, développée par une personne à la suite d’un grave traumatisme crânien.

Il arrive que des personnes ayant une déficience mentale grave, un trouble tel que l’autisme par exemple, se retrouvent dotées d’un « don » très développé et contrastant avec leur handicap, comme dans le film Rain Man, très beau cela dit en passant, qui nous fait découvrir le cas de ces autistes savants.

Je voudrais aussi mentionner un magnifique livre, L’enfant hérisson, écrit par Katia Rohde (avec l’aide de sa mère), une jeune femme atteinte d’une sévère forme d’autisme. Elle y raconte son histoire et ses tourments, ceux d’une enfant incapable de communiquer avec quiconque, vivant isolée dans son monde et dans sa tête, pourtant capable de lire plusieurs langues…

Toutefois, les autistes ne sont pas les seuls à développer des capacités extraordinaires. Ainsi, selon le directeur du centre de la mémoire et du vieillissement de l’université de Californie, où sont traitées des personnes âgées atteintes d’Alzheimer, il semble que les patients développent des compétences artistiques, alors même que la maladie détruit certaines zones de leur cerveau.

Il existe également d’autres cas plus troublants encore, mais très rares puisqu’on n’en dénombre pas plus d’une dizaine dans le monde : le syndrome du savant acquis.

Comme je le disais plus haut, certaines personnes auraient développé un don exceptionnel, d’ordre scientifique ou artistique (capacités à résoudre des équations extrêmement complexes ou don inné pour la musique), à la suite d’un grave traumatisme crânien.

Génial me direz-vous ! En tout cas, c’est ce que je me suis dit (bouuuh j’ai honte 😉 ), alors qu’en fait non, ce n’est pas si génial que ça, puisqu’elles souffrent en général de graves lésions cérébrales, sur une ou plusieurs zones du cerveau, qui entraînent, entre autres, la détérioration de la vue ou de l’audition, des pertes de mémoire, etc.

Voici deux exemples de cas de « génie accidentel »

Derek Amato

En 2006, Derek Amato, âgé de 39 ans, est formateur en vente. Alors qu’il s’amuse avec des amis au bord d’une piscine, il fait une chute dans le petit bassin et se heurte violemment la tête. Après des examens à l’hôpital, on lui annonce une perte d’audition de 35 %. Il souffre aussi de violents maux de tête et de pertes de mémoire. C’est une triste nouvelle pour lui, alors qu’il allait fêter ses 40 ans quelques semaines plus tard… Mais, plusieurs jours après avoir quitté l’hôpital, en pleine visite à un ami, il s’aperçoit qu’il sait jouer du piano, alors qu’il n’a jamais touché un instrument de sa vie. Et ce n’est pas tout ! Il découvre aussi au fil des jours qu’il sait jouer de la guitare, de la basse et des percussions, le tout dans différents styles de musique. En plus de ce talent inné, il a développé une synesthésie.

Je ne peux pas vous expliquer ce qu’est la synesthésie ici, c’est un bien vaste sujet passionnant, mais je ferai un article dessus.

En tout cas, cette synesthésie donne l’occasion à Derek de voir les notes de musique sous forme d’objets et de couleurs, lui permettant de composer spontanément de la musique 24h/24. Il a ainsi créé, en une semaine seulement, une symphonie pour chaque musicien de l’orchestre de Philadelphie, et il est aujourd’hui compositeur.

C’est une belle compensation, même s’il y a tout de même un prix important à payer, de violentes migraines et une grande sensibilité au bruit et à la lumière.

Vous ne me croyez pas ? Tapez son nom dans Google ! 😉

Jason Padgett

Ce jeune trentenaire, vendeur de meubles, se fait agresser en 2002, alors qu’il sort d’un bar à karaoké (il a dû massacrer la mauvaise chanson 😉 ). Il est violemment frappé à coup de poings et de pieds, et souffre d’une sévère commotion cérébrale, sans que ses jours ne soient toutefois en danger. À sa sortie de l’hôpital, le voilà devenu un génie des mathématiques.

Aujourd’hui, il est capable de visualiser des objets mathématiques et des concepts physiques complexes, et se dit aussi synesthète, puisqu’il voit les équations mathématiques prendre forme dans sa tête. Il précise voir des formes et des angles partout dans sa vie, qui vont d’un simple arc-en-ciel aux fractales de l’eau s’écoulant dans les canalisations. C’est d’ailleurs la seule personne au monde capable de dessiner des fractales à la main (ne me demandez pas ce que sont des fractales, je n’en ai pas la moindre idée). Il voit même des morceaux du théorème de Pythagore un peu partout (oh le cauchemar, hanté par les maths…).

Personnellement, je trouve toutes ces histoires passionnantes, et je pourrais en citer d’autres, mais point trop n’en faut.

Comment expliquer ce changement si radical ?

Des recherches sont toujours en cours, mais il semblerait que ce phénomène soit lié à la destruction d’une ou plusieurs zones du cerveau et du système synaptique (la liaison entre les neurones se fait par des synapses, qui transmettent le signal nerveux d’un neurone à un autre via des neurotransmetteurs).

La destruction de ces zones provoquerait donc une restructuration dans le cerveau afin de combler les pertes, en créant de nombreuses nouvelles connexions, et semble-t-il, une libération importante de neuromédiateurs assurant la transmission entre ces connexions. C’est cette restructuration qui aurait pour conséquence d’activer des zones du cerveau endormies en temps normal.

Ce que nous confirme le syndrome du savant acquis sur le fonctionnement du cerveau

Le syndrome du savant acquis permet de confirmer certains faits scientifiques quant au fonctionnement du cerveau.

Notre cerveau est sous-utilisé

Comme nous le savons, nous n’utilisons pas l’intégralité de notre cerveau. Il y a en effet des zones non actives, inhibées par des zones dominantes.

Je vous entends déjà dire « oui, nous n’utilisons que 10 % de notre cerveau« , eh bien non !

Nous utilisons, en vrai, la quasi-totalité de notre cerveau. Vous imaginez, vous, 90 % du cerveau qui ne servirait à rien ? Dans un tel cas, pourquoi l’évolution nous aurait-elle laissés avec un si gros cerveau s’il ne servait pas ?

En fait, nous n’utilisons que 1 à 16 % maximum de notre cerveau pour une action donnée, à un moment donné. Chaque zone du cerveau a son utilité, mais elles ne sont pas toutes actives en même temps, cela demanderait bien trop d’énergie.

Notre cerveau a la capacité d’évoluer à tout moment de la vie

N’avez-vous jamais entendu dire qu’à partir de 25 ans, nos neurones commençaient à mourir ?

Eh bien, sachez tout d’abord que cela est faux. Un vieillissement normal n’entraîne pas la mort des neurones, et seule une maladie dégénérative la provoque. Les neurones meurent avec l’individu.

Mais, le cerveau est capable d’évoluer et de créer de nouvelles connexions suite à un grave traumatisme, tout comme chez les personnes âgées atteintes d’une dégénérescence mentale. Comme quoi, on n’est pas « foutu » et bon à jeter en vieillissant ! 😉

De la même façon, le cerveau adapte les circuits neuronaux et le nombre de connexions au quotidien, c’est ce qui s’appelle la neuroplasticité. Saviez-vous que plus on répète une tâche, plus le cerveau réduit le nombre de connexions afin d’effectuer cette tâche de manière plus rapide et efficace ? En réduisant ainsi le nombre de chemins possibles dans la circulation de l’information, pour ne conserver que le chemin le plus direct et efficace, le cerveau est capable de rendre un mouvement complexe en automatisme.

Le cerveau est une incroyable machine, complexe, mais passionnante, au sujet de laquelle nous avons encore beaucoup de choses à découvrir !

J’espère que cet article vous a plu, et qu’il a suscité votre curiosité. N’hésitez pas à nous donner votre avis en commentaire !

Guénaëlle, boudineuse rédactrice

Sources :