On ne va pas se mentir, le premier Jurassic World ne cassait pas trois pattes à un canard, et atteignait même les 8/10 sur l’échelle de l’ennui et du stéréotype narratif. Alors forcément, je n’en attendais pas moins de cette suite lorsque je suis allée au cinéma durant l’été 2018 ! Cependant, quelques critiques surprenantes vues sur les réseaux sociaux ont fini par avoir raison de ma méfiance. Au menu ? Des dinosaures. Oui, je me doute que vous ne vous attendiez pas à des Teletubbies, mais pour le coup il y en a vraiment BEAUCOUP ! Je ne sais pas si je suis la seule à avoir eu cette impression, mais on est clairement un cran au dessus en terme de temps de présence pour nos vertébrés à grandes dents. Les paléontologues amateurs (et les autres aussi) en ont vraiment pour leur argent ! Faisons le point sur ce film que j’ai revu il n’y a pas si longtemps sur Canal+.

L’HISTOIRE DE JURASSIC WORLD

Le pitch de départ est simple : après les événements de 2015, Isla Nublar a été abandonné des hommes, et ses occupants ont pu retrouver une paix sauvage bien méritée. Malheureusement, le volcan du coin a décidé d’en découdre, et son éruption prochaine menace l’intégralité de l’île et de ses féroces bébêtes. Face à cette situation, le gouvernement américain étudie la question d’une mission de sauvetage, avant de finalement décider de les laisser mourir face au danger qu’ils représentent. Claire Dearing s’est manifestement acheté une conscience depuis, et a fait de la préservation de ces grosses bébêtes son nouveau cheval de bataille. À la tête d’une fondation qui lutte pour leurs droits, elle se retrouve embarquée par un vieil homme excessivement riche, et très ami avec le regretté John Hammond (à l’origine des dinos du 1er film de 1993), dans un projet de transfert des dinosaures, de l’île jusqu’à un sanctuaire naturel dont il est le propriétaire. Pour cela, elle doit se rendre sur place avec toute une équipe, dont son ex-employé (et plus si affinités) Owen Grady, le dresseur de raptors. Un petit plan entre amis plutôt sympa en somme ! Sauf que forcément, vous vous doutez bien que ça ne se passe pas comme prévu, sinon le film n’aurait que très peu d’intérêt.

LE SCÉNARIO

Sur le fond, ça ne révolutionne pas la roue, hormis la fin qui m’a impressionnée par sa portée et les portes qu’elle ouvre au futur volet. On reste sur une base de dinosaures entourés d’humains, et d’une situation critique dans laquelle les deux camps se côtoient alors qu’ils ne devraient pas. Le schéma est connu, mais ce n’est pas le fond du problème. Le plus gros point noir de ce second Jurassic World reste son scénario bancal, et parfois tiré par les cheveux.

Colin Trevorrow avait quitté la réalisation après le film de 2015, mais il aurait également dû quitter son écriture… Les premières minutes ne sont qu’une suite de stéréotypes et de facilités scénaristiques, comme en témoignent les soupirs exaspérés et nombreux facepalms de mon mari à côté de moi pendant ce temps. Dieu merci, environ 20 ou 25 minutes après le générique de début, les choses sérieuses ont commencé, et la situation est devenue assez inattendue pour que Monsieur arrête de me les briser menues et se concentre enfin sur le film. Chéri, si tu passes par là, je t’aime quand même ! En tout cas, il faut le dire, durant le temps nécessaire à l’introduction des personnages et de la mission, on se fait effectivement un peu chier. Mais ce n’est pas tout !

Par la suite, le film devient beaucoup moins cousu de fil blanc, mais beaucoup plus capillotracté aussi ! Entre les personnages aux réactions foncièrement débiles, les méchants aussi cons que prévisibles, et les riches copains du boss à abattre plus détestables et illuminés qu’un Macron voulant réformer les retraites (désolée, c’était trop tentant), il est parfois difficile de croire totalement en l’histoire (même si une partie de moi pense que la réalité ne serait pas si différente dans le fond). Je vous passe d’autres exemples afin d’éviter les spoilers, mais les scénaristes (Trevorrow en tête) ont clairement dû fumer une partie du carrelage de leurs bureaux. C’est dommage, car sans entacher le plaisir d’un bon divertissement, cela manque un peu de profondeur et gâche tout de même l’excellence des « à-côtés » que je m’apprête à développer. Ceci dit, le but d’une telle production n’est pas non plus de révolutionner la reproduction des écrevisses à marée basse…

Quoiqu’il en soit, et comme je le disais ci-dessus, il y a tout de même d’excellentes choses, qui justifient que cet opus est à mes yeux bien meilleur que tout ce qui s’est fait depuis le Jurassic Park de 1993 (Le Monde Perdu et Jurassic Park III inclus).

Je n’aimerais pas être le dentiste de ce dino !

MISE EN SCÈNE ET DIRECTION ARTISTIQUE

En premier lieu, parlons de la réalisation. Avec Juan Antonio Bayona aux commandes des caméras et de la direction artistique, on était en droit de s’attendre à une oeuvre léchée et calibrée pour nous en mettre plein les mirettes. Sur ce point, c’est définitivement un 10/10 ! J’ai même presque envie de crier au génie, tellement les plans se succèdent plus beaux les uns que les autres. Il est vraiment rare de voir une telle recherche artistique dans un blockbuster grand public, et c’est à saluer, car ce genre de films populaires se reposent beaucoup trop sur une bête succession d’effets spéciaux purement gratuits.

La destruction de l’île, la mort des animaux qui la peuplent, la séquence sous-marine de Claire, Owen et du mec un peu geek dont je ne me rappelle plus le nom, sans parler de la scène du manoir qui conclue le film, autant de séquences incroyables pour lesquelles Bayona s’est littéralement surpassé. Il joue avec les ombres, les mouvements, les couleurs et les perspectives, pour donner une dimension étourdissante à son film. Tout en apportant sa touche personnelle, il reprend certains codes de Steven Spielberg et réconcilie de ce fait Jurassic World avec son aîné Jurassic Park. Les effets spéciaux magnifiques appuient cette volonté, avec un retour aux animatroniques, qui permettent plus de réalisme, comme cela pouvait être le cas dans le film de 1993. Bayona réussit l’incroyable exploit de maquiller un scénario boiteux dans son ensemble, pour en faire une oeuvre dantesque où seuls les dinosaures nous importent au final.

UN MESSAGE FORT

C’est d’ailleurs sur ce point que je terminerai, à savoir les dinosaures et la question de leur existence. Ceux qui me connaissent savent que je suis très impliquée dans la préservation et la sauvegarde animale. C’est un sujet qui me touche, qui m’habite, et pour lequel je me bats souvent sans forcément trouver d’oreilles attentives dans notre société autocentrée. Alors oui, j’ai beaucoup aimé la morale et le message environnemental derrière Jurassic World : Fallen Kingdom.

J’ai pris un certain pied devant cette accusation constante d’une société irresponsable, qui laisse libre cours à son égo, via des progrès scientifiques et technologiques condamnables. L’Homme crée et va à l’encontre de la nature, sans réellement se soucier de la portée et des conséquences de ses actes. C’est ce qui est pointé du doigt dans ce film, et pour une fois que le sujet est traité, je ne vais pas bouder mon plaisir !

Contrairement aux précédents opus, si l’on exclut le premier Jurassic Park qui en faisait preuve un peu plus que les autres, il y a une réelle empathie qui s’installe envers les victimes de toute cette folie : les dinosaures. On maudit l’humanité à l’origine de leur malheur. On pleure face à la mort de certains d’entre eux, je pense notamment à ce plan déchirant lors du départ de l’île qui m’a serré le coeur. On s’attache à l’humanité qui semble habiter certains d’entre eux, par exemple la relation très spéciale qui unit Blue, la femelle raptor, avec Owen Grady, l’homme qui l’a élevée et dressée. Il est même paradoxal de constater l’humanité d’un dinosaure face à l’inhumanité dont font preuve les hommes de cette histoire. C’est caustique et ce n’est pas sans rappeler un autre film avec un certain César

Pour conclure, je dirais que Jurassic World : Fallen Kingdom est LE film qu’aurait dû être le Jurassic World de 2015. Certes, ses personnages sont des clichés de tout ce qui a déjà été fait auparavant, mais il faut voir plus loin pour apprécier pleinement une histoire qui essaye de faire passer un message. Et que dire de la fin, qui laisse présager un nouveau volet totalement inédit et extraordinaire ! Le Monde Perdu avait essayé de s’aventurer sur ce terrain, mais sans avoir le courage de ses ambitions. Aujourd’hui nous y sommes, face au pire, et c’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Enfin, ça reste à voir… Car même s’il a un boulevard devant lui pour faire un film grandiose, Colin Trevorrow est annoncé de retour à la réalisation, en plus du scénario, pour le futur troisième opus de ce revival. Quand on voit le truc insipide qu’il nous a pondu en 2015, on est en droit de craindre le pire pour la conclusion de cette nouvelle trilogie… Bref, rendez-vous en 2021 !