Attention, énorme coup de cœur dans cet article ! C’est pour ce genre de découverte que j’aime autant me plonger dans les livres, les films et les séries, car il y a des oeuvres qui nous déçoivent, d’autres qui nous laissent indifférents, d’autres que l’on apprécie beaucoup, et bien plus rarement, il y a des pépites qui vous transportent et vous bouleversent plus que les mots ne peuvent l’exprimer. C’est le cas ici avec The Haunting of Hill House, puisqu’à l’heure où j’écris ces mots, j’en suis encore toute secouée. Néanmoins, je vais essayer de vous retranscrire du mieux possible toutes les émotions par lesquelles je suis passée, du premier au dernier épisode de cette fabuleuse saison.

RÉSUMÉ DE LA SÉRIE

Plusieurs frères et sœurs, qui ont grandi dans l’une des demeures hantées les plus célèbres des États-Unis, sont contraints de se retrouver pour faire face à une tragédie tous ensemble. La famille doit donc affronter les fantômes de son passé, dont certains sont encore bien présents dans leurs esprits et dans leurs vies, alors que d’autres continuent de traquer Hill House.

HISTORIQUE

The Haunting of Hill House est une énième adaptation du livre éponyme de la grande Shirley Jackson, encensée par Stephen King lui-même. C’est une vision réécrite de l’œuvre, puisqu’elle s’en inspire plus qu’elle ne l’adapte. Avant cette série, quelques films s’étaient essayés à son adaptation, avec plus ou moins de succès, comme le grand classique La maison du diable (1963) de Robert Wise, ou le plus contemporain Hantise (1999), avec Liam Neeson et Catherine Zeta-Jones. Si le premier est un modèle du cinéma d’épouvante malgré son âge, le second pêche par son manque d’ambition en dépit de ses qualités manifestes. Dans tous les cas, cette réadaptation de Netflix était attendue au tournant par les connaisseurs du genre.

DÉCOUVERTE

J’ai profité d’un tweet vers le compte de Netflix, pour jeter un œil à cette série dont tout le monde vantait les mérites. Amatrice de frissons et de trouillomètre à zéro, j’y ai vu une belle opportunité de me faire plaisir, même si je ne m’attendais pas à grand-chose de particulier, tout au plus à quelques sursauts, surtout avec ce que j’imaginais être une énième histoire de maison hantée comme tant d’autres avant elle (The Conjuring, Amityville, La Malédiction Winchester, etc.). Par bonheur, j’ai compris dès les premières minutes du show que je m’étais considérablement trompée…

LES FANTÔMES DE L’ESPRIT

L’histoire prend peut-être place dans un lieu sombre et dévoré par les ténèbres, mais loin des clichés habituels, The Haunting of Hill House déploie très vite son génie, en explorant les innombrables tréfonds de l’âme humaine. Certes, il y est question d’esprits et de fantômes, qui apparaissent d’ailleurs à l’écran, mais le traitement qui en est fait est bien éloigné des codes du genre. À travers cette famille que l’on côtoie dans le passé et dans le présent, les deux se mêlent même parfois étroitement, c’est toute la psychologie des hommes qui se dévoile avec les souffrances de chacun. Celles du deuil, de la dépression, mais aussi de la culpabilité, qui laissent des traces bien plus ancrées qu’il n’y paraît en chacun de nous.

Les Crane sont tous confrontés à des démons intérieurs, et la maison est le déclencheur des drames qui vont les anéantir un par un. Les fantômes servent un propos autrement plus profond qu’une simple hantise. Ils sont au service d’un voyage dans l’esprit de Nell, Olivia, Luc et tous les autres. L’émotion qui les unit, et qui les sépare aussi, est rendue avec une telle sincérité, qu’il est presque impossible d’y rester insensible et de ne pas avoir le cœur serré. Chaque membre, chaque histoire, déclenche une empathie telle que j’en ai rarement ressenti pour une oeuvre de ce genre. Les dialogues contribuent avec une grande force à ce sentiment, surtout ceux du dernier épisode. Il faut véritablement souligner la qualité d’écriture, que ce soit pour l’intrigue ou pour les personnages à part entière. C’est dramatique, horrifique, et pourtant si beau à la fois…

L’AMBITION DERRIÈRE LA CAMÉRA

The Haunting of Hill House n’est pas qu’une histoire fantastique, c’est avant tout une maîtrise technique. Commençons par les « jump scares » savamment distillés, contrairement à d’autres productions qui les assènent à tout va, faute de mieux. Mike Flanagan sait réveiller nos peurs et nos émotions les plus enfouies, pour servir son propos. Il ne se contente pas de vouloir faire peur, il veut nous bouleverser au plus profond. Ce réalisateur prometteur avait déjà fait ses preuves dans The Mirror, Ne t’endors pas ou Jessie, également adapté pour Netflix. Son travail sur cette dernière production a d’ailleurs été si convaincant, qu’il fut choisi pour réaliser Doctor Sleep (adapté lui aussi du livre éponyme de Stephen King). Certains plans-séquence, dont un qui dure 23 minutes au début du 6e épisode, sont tout simplement à couper le souffle. On ne peut qu’imaginer le travail incroyable que cela a dû demander aux équipes techniques et aux acteurs eux-mêmes. Il est rare de trouver un tel niveau d’implication technique derrière une série en apparence aussi simple.

UN BIJOU D’ESTHÉTIQUE

Derrière ce drame familial paranormal, il y a une réelle perfection de tous les aspects créatifs. Rien n’est à jeter !

Les acteurs sont fantastiques, tous, sans aucune exception. Carla Cugino irradie de beauté même dans la détresse, Henry Thomas prouve qu’il a fait un sacré chemin depuis E.T. l’extraterrestre, et que dire d’Oliver Jackson-Cohen et de Victoria Pedretti, qui sont époustouflants dans le rôle de ces jumeaux fusionnels et torturés. Je ne vais pas refaire tout le casting, parce qu’il y aurait beaucoup trop à dire, mais quelle performance pour chacun d’entre eux !

La photographie et la direction artistique semi-gothique/semi-contemporaine apportent une touche tellement sublime à cet univers, pourtant glauque et ravagé par l’obscurité, qu’il est difficile de trouver les mots justes pour décrire le tout.

La musique du groupe The Newton Brothers vient achever ce travail déjà prodigieux, avec une bande-son puissante et émouvante, dont les prémices se font entendre dès le magnifique générique. Les notes de piano qui s’élèvent ici et là, au rythme des scènes et des dialogues, ne font qu’accentuer cette empathie qui emplit le spectateur jusqu’à la fin.

ET LES DÉFAUTS ALORS ?

Difficile de relever un bémol à propos de The Haunting of Hill House… Peut-être aurais-je souhaité un épisode plus centré sur l’historique de la maison, car on termine cette première saison avec de nombreuses questions sur celle-ci. Pourquoi est-elle hantée ? L’a-t-elle seulement toujours été ? Pourquoi la chambre rouge possède-t-elle le « pouvoir » qu’on lui connaît ? Autant d’interrogations qui ne trouvent pas de réponses. Je comprends que Flanagan ait préféré se concentrer sur la famille, mais la maison occupe une place centrale, et cela n’aurait pas été superflu de creuser le sujet un tout petit peu plus. C’est en tout cas le seul défaut que je lui attribue ! Le reste n’est que sublime.

LE MOT DE LA FIN

The Haunting of Hill House n’est donc pas une série qui vous fera sursauter devant votre écran, ou vraiment très peu. Elle n’a pas cette vocation. La terreur s’insinue en dehors de ce moment, plus tard dans la nuit, lorsque vous ne la regardez pas et que vous vous apprêtez à dormir. Elle vous travaille, vous digère, en utilisant uniquement vos peurs les plus primaires. Elle vous fait réfléchir sur votre vie, vos choix, les personnes que vous aimez et celles que vous avez perdues. Elle est tapie dans l’ombre sans jamais vraiment se montrer. En ce qui me concerne, je suis marquée et bouleversée pour un très long moment.